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Lire une étiquette de cosmétique : ce que dit vraiment la liste INCI

Avatar de Inès Sarrazin

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Retournez n’importe quel flacon de crème, de shampoing ou de baume, et vous tombez sur une liste de mots latinisés, parfois en anglais, séparés par des virgules. C’est la nomenclature INCI (International Nomenclature of Cosmetic Ingredients), obligatoire sur tous les produits cosmétiques vendus dans l’Union européenne. Elle n’est pas là pour faire joli ni pour vous perdre : c’est la seule information réellement standardisée et vérifiable qui accompagne un produit de beauté.

Un ordre qui n’est pas anodin

La règle centrale, et la plus utile à connaître, est simple : les ingrédients sont listés par ordre décroissant de concentration. Le premier de la liste est celui qui compose la plus grande part de la formule — très souvent de l’eau (Aqua), qui sert de base à la majorité des soins. Plus un ingrédient apparaît loin dans la liste, moins il pèse dans le produit fini.

Cette logique a une conséquence directe : un actif présenté en gros sur l’emballage peut ne représenter qu’une fraction infime de la formule s’il apparaît en toute fin de liste. Ce n’est pas nécessairement un problème — certains actifs sont efficaces à très faible dose — mais cela permet de relativiser une promesse marketing en un coup d’œil.

La règle des 1 %

Passé un certain seuil, l’ordre décroissant cesse d’être obligatoire. La réglementation européenne autorise les fabricants à lister dans un ordre libre tous les ingrédients présents à moins de 1 % de la formule. Concrètement, une fois que vous repérez dans la liste un conservateur, un parfum ou une vitamine que vous savez généralement dosés à faible pourcentage, tout ce qui suit peut être considéré comme présent en petite quantité, sans que l’ordre exact entre ces derniers ingrédients soit significatif.

C’est une nuance importante : elle explique pourquoi deux produits peuvent afficher le même actif « vedette » très loin l’un de l’autre dans leur liste respective, sans que cela révèle forcément un écart énorme de dosage.

Les allergènes à déclaration obligatoire

Certains composants parfumants doivent être signalés nommément dès qu’ils dépassent un certain seuil de concentration, parce qu’ils sont identifiés comme allergènes potentiels — linalol, limonène, citronellol, géraniol, coumarine, entre autres. Ils apparaissent en toute fin de liste INCI, sous leur nom précis. Si vous avez déjà réagi à un parfum ou à un soin par le passé, c’est cette portion de l’étiquette qu’il faut examiner en priorité, et non le nom commercial du produit.

Un point de repère utile : la mention Parfum ou Fragrance dans la liste désigne un mélange dont la composition exacte n’a pas à être détaillée, à l’exception justement de ces allergènes désormais listés séparément. Une peau sensible a donc tout intérêt à repérer d’abord cette ligne.

Ce que garantit une mention, ce qu’elle ne garantit pas

Le vocabulaire des étiquettes cosmétiques mélange des termes strictement encadrés et des formules purement commerciales, sans définition légale. Les distinguer évite bien des déceptions.

Mention Ce qu’elle garantit Ce qu’elle ne garantit pas
Liste INCI complète Présence réelle et ordre décroissant (au-delà de 1 %) de chaque ingrédient Le pourcentage exact de chaque composant
« Hypoallergénique » Une formulation pensée pour limiter les allergènes connus L’absence totale de risque de réaction pour toutes les peaux
« Testé dermatologiquement » Un test a été mené, sous un protocole choisi par la marque Un résultat, un panel ou une méthodologie normés par la loi
Label bio certifié (organisme reconnu) Le respect d’un cahier des charges vérifié par un tiers indépendant Une efficacité supérieure ou une compatibilité garantie avec toutes les peaux
« Naturel » (sans certification) Rien de vérifiable : le terme n’est pas encadré juridiquement Une composition majoritairement d’origine naturelle

Seule la liste INCI et les labels délivrés par un organisme certificateur reconnu reposent sur une vérification. Le reste relève du champ libre du marketing, ce qui ne signifie pas que c’est faux, mais que rien ne l’oblige à être exact.

Le petit pot ouvert : la durée de conservation après ouverture

Sur la plupart des emballages, un pictogramme discret représente un petit pot ouvert accompagné d’un chiffre suivi de la lettre M, par exemple « 12M » ou « 6M ». Ce symbole indique la période après ouverture (PAO) : le nombre de mois pendant lesquels le produit reste stable et sûr à l’usage une fois le contenant entamé, à condition d’être conservé dans des conditions normales. Passé ce délai, la formule peut se dégrader — perte d’efficacité de certains actifs, altération des conservateurs — sans que cela se voie forcément à l’œil nu.

Ce pictogramme n’est obligatoire que pour les produits dont la durabilité minimale dépasse trente mois : en dessous, une date de durabilité minimale (souvent au dos ou sous le flacon) peut être indiquée à la place. Noter la date d’ouverture au feutre sur le flacon reste le geste le plus simple pour suivre ce délai sans avoir à le retenir par cœur.

Une lecture qui devient un réflexe

Il ne s’agit pas de mémoriser des centaines de noms latins, mais de repérer trois repères à chaque nouvel achat : le début de liste (ce qui domine la formule), la zone du « 1 % » où l’ordre devient libre, et la fin de liste où se nichent les allergènes déclarés. Avec ce triple repère, une étiquette qui semblait illisible devient une source d’information fiable, bien plus fiable que n’importe quel argument imprimé au recto du flacon.

Pour une peau qui réagit de façon récurrente à un soin, mieux vaut consulter un dermatologue plutôt que de multiplier les essais : lui seul peut identifier avec certitude l’ingrédient en cause. La liste INCI reste toutefois l’outil le plus efficace pour préparer cette consultation, en notant les produits utilisés et leurs listes d’ingrédients.

La réglementation de l’étiquetage cosmétique et les obligations d’information des fabricants sont détaillées sur le site de la DGCCRF, qui contrôle la loyauté des informations données aux consommateurs. Pour aller plus loin sur les questions de sécurité des produits de consommation courante, les avis de l’Anses constituent une autre référence publique.

Cette lecture attentive des étiquettes complète naturellement d’autres réflexes de bon sens abordés dans notre rubrique Beauté & Soins, tout comme les repères d’entretien du textile trouvent leur place dans Mode & Style : deux façons différentes de choisir en connaissance de cause, sans jamais culpabiliser sur ce qui convient ou non à sa peau.


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